23.11.2011
Douce pénombre
Il y avait des mois et des mois que je n'ai plus écrit ici. Dans l'ensemble, j'allais bien, et je vais toujours bien. J'espère ne plus revivre une phase dépressive comme celle que j'avais vécue pendant une bonne partie du mois de mars. L'été s'est écoulé, j'en ai pas mal profité, doucement, tranquillement, avec deux séjours dans la maison communautaire où je vais régulièrement, en bonne compagnie, celle de N., nous avons partagé des jours et des nuits dans une des petites cabanes de rondins, qui, malheureusement, n'existe plus aujourd'hui ; elle a été remplacée par une sorte de cube bio lisse à la Ikea, froid et banal.
Enfin, l'été s'acheva, j'avais fini par m'habituer à la lumière et à la chaleur, mais celles-ci furent finalement bien atténuées en août et septembre, un "été pourri" comme ils disent, mais qui me réjouissait. Abondance de nuages et d'ombres, j'étais soulagé.
Après avoir laissé passer le temps, nous sommes finalement partis en voyage, N. et moi, au Portugal, au début novembre, dans une grande et belle ville que je ne connaissais pas, elle non plus. Une bonne dizaine de jours, aller et retour compris. Ce fut délicieux. A la fois parce que je retrouvais les joies du voyage et de la découverte, moi qui, par manque de compagnons (ou de compagnes) de voyage, n'étais plus parti vraiment loin depuis cinq ans. Donc, le plaisir de renouer avec le voyage, en plus dans un pays que j'aime, le Portugal, mais aussi, et surtout, le plaisir de la découverte, de l'errance, de la balade, de la surprise, de tous les petits bonheurs du voyage en bonne compagnie. Un voyage tendre, plein d'humour et de fantaisie, avec le plaisir de partager ce que nous voyions, ce que nous découvrions.
C'était tellement bon, j'en avais tellement manqué, que j'eus un moment de blues au retour. Tout me semblait moins intéressant, moins excitant, moins agréable à Bruxelles, dans le cours habituel de la vie. Bien sûr, il y avait N., que je voyais toujours régulièrement, mais la parenthèse enchantée était close. Maintenant, je m'y suis fait. J'attends d'un jour à l'autre de recevoir mes films développés, puisque je fais toujours de l'argentique et que j'aime cela, et ce seront alors des jours de découverte, plongé dans les images, un moyen de lutte contre l'oubli, l'estompement des souvenirs.
Et puis, aussi, c'est novembre, j'aime octobre et novembre, quand l'été est enfin fini pour de bon, quand je suis débarrassé pour longtemps de la chaleur excessive, de la lumière excessive, de l'excessive longueur des journées, du bruit excessif dès que j'ouvre les fenêtres, de la vision malgré tout encore frustrante (mais moins) des "beaux, jeunes et heureux" agglutinés dans l'espace public. Le soleil décline dès 16 h 30, j'adore voir le jour qui finit doucement, j'adore voir les lumières qui s'allument, une à une. Je peux me livrer quand je veux à mes activités automnales et hivernales préférées (scanner des diapositives, visionner des DVD, lire...).
Le mois prochain, ce serait parfait aussi, mais il fera alors un peu (ou beaucoup) trop froid, et puis, surtout, on assistera à l'invasion pénible des "fêtes", et à leur cortège de stupidités, vitrines dégoulinantes, son et lumière débiles, sapins et boules, chants douceâtres, consommation à date fixe et à vocation généralisée. Mais pour le moment, je savoure, je savoure.
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16.04.2011
Tempête et embellie
Mars, avril, la succession d'une tempête et d'une embellie. Après le 11 mars, en revenant de mon village d'adoption, où j'avais passé un plutôt agréable séjour (mais trop de monde, trop de bruit, de trop grandes tablées sans intérêt), de manière inattendue, j'ai plongé, plongé. Ce fut la tempête, ce fut la catastrophe. Et pourquoi ? Je ne peux que faire des hypothèses.
Une certaine insatisfaction dans la relation avec N., le sentiment persistant de stagner dans ma vie, plus de grands projets, plus d'envie ni de motivation pour aller à mon atelier photo (problèmes techniques, limitations du matériel, relations banales avec les autres participants, plages horaires trop courtes), des relations trop peu nombreuses à Bruxelles, d'où des longues périodes de vide, et peut-être aussi l'arrivée tonitruante du printemps. Du soleil à gogo pendant des jours et des jours, mon appartement qui devenait déjà trop chaud, le ciel bleu et vide, que les autres aiment et que je crains.
Et pas de perspectives de voyage en vue, pour moi qui rêve tant de parcourir la campagne roumaine, de retourner dans les îles écossaises, de découvrir de nouveaux horizons en Amérique latine ou ailleurs. Rien de vraiment dramatique dans tout ça, je craignais même de passer pour un enfant gâté, mais bon, c'était là, je plongeais, jour après jour. A partir du 15 mars, cela allait vraiment mal, avec quelques trêves toutefois, quand les nuages et la fraîcheur revenaient, quand je passais quelques heures avec Dan. au Mokafé, ce délectable café-resto intemporel, refuge et petit paradis, ou quelques heures aussi avec Fr. et Al. dans la pâtisserie Garcia, portugaise, avenue de la Couronne.
Et puis, je recommençai à plonger, plus fort, plus bas encore. Chaque matin, je me demandais avec angoisse comment tenir jusqu'au soir. Le soir justement, quand il faisait enfin noir, la déprime et l'angoisse s'atténuaient, jusqu'au matin où tout recommençait. Et pourtant, j'ai passé des moments agréables avec N., ou avec des amis, de temps à autre, au moment même ça allait, puis je retombais. Plus tard, même ces moments sociables, amicaux ou amoureux ne suffirent plus. Je leur parlais, je leur disais mon angoisse et ma déprime, ils m'écoutaient, mais ça ne m'aidait plus.
Dès le 15 mars, j'ai commencé à reprendre le générique du Prozac, sans trop y croire : en 2009, je le prenais, et ça ne m'avait pas empêché de plonger trois ou quatre fois, au printemps et en été. Mais comme je n'en prenais plus depuis novembre dernier, parce que j'allais bien dans ma vie, il était possible qu'en reprendre, après une assez longue période sans rien, allait à nouveau produire des effets. Mais de toute manière, il fallait attendre au moins deux semaines avant de sentir un mieux, s'il se manifestait. Je suis donc resté dans la souffrance, l'envie de mourir, la déprime et l'angoisse, même quand je suis revenu dans le village d'A., où je séjourne régulièrement dans une maison communautaire. Je revoyais des gens que j'aime beaucoup, comme Lu. et Ja., mais rien n'y faisait, je marinais dans ma souffrance.
J'ai observé tout ce que je ressentais, et je l'ai noté sur une feuille. Très mal le matin, mais un peu mieux le soir. Une angoisse diffuse pénible. Perte d'appétit, je ne mangeais que la moitié de ce que je mange habituellement. Difficulté de concentration, je n'arrivais à lire que difficilement et lentement, je n'arrivais plus non plus à regarder un DVD. Aucune envie d'aller me promener, moi qui suis un bon marcheur. Une envie de mourir permanente. Un refuge dans le sommeil, quand c'était possible, mais par contre des réveils matinaux précoces, avec la crainte du jour qui pointe.
La présence, dans la maison communautaire, de deux personnes bruyantes, bavardes et fatigantes, aggravait encore les choses. L'une d'entre elles, en particulier, disait plein de conneries Nouvel Age, comme le pouvoir thérapeutique d'un tube d'huiles essentielles ou de granules homéopathiques, dans sa poche. Ou elle disait aussi que son homéopathe (il y a décidément des dingues parmi ces gens-là) lui avait écrit le nom d'un remède sur un bout de papier, en lui disant de mettre ce papier entre son pied et sa chaussette, pour que le nom du remède diffuse son énergie thérapeutique. Et dire que cette personne était professeur de psychopédagogie dans l'enseignement supérieur...
Puis, vers la fin de mon séjour, les nuages revinrent, les personnes bruyantes partirent l'une après l'autre, le Prozac (générique) commença sans doute à agir, et j'allais mieux, vraiment mieux. Ce n'était pas encore la grande forme, mais ça allait mieux. Le 31 mars, comme prévu, je suis retourné à Bruxelles, pour quelques jours, puisque j'avais prévu de revenir à A. du 5 au 10 avril. A Bruxelles, pendant quatre jours, j'allais mieux, j'ai passé des moments délicieux avec N., nous avons fait une longue balade dans la forêt de Soignes, nous nous sommes couchés sur une pente couverte de feuilles mortes, et nous sommes restés longtemps là, à contempler les cimes des arbres qui se balançaient lentement devant le ciel.
Puis, le mardi 5, dans l'après-midi, je suis retourné à A. Lu. est venu me chercher à la gare proche, et ce furent cinq jours délectables et tout doux. On était en tout petit comité, uniquement des gens que j'aime bien, pas entendu de conneries New Age (ou presque), une tranquillité conviviale, des lectures au jardin, des films le soir dans la petite bibliothèque, des repas savoureux préparés en commun. J'étais bien, vraiment bien. Encore un peu vulnérable, mais comme j'étais dans un petit paradis protecteur, ça allait bien.
Puis, le dimanche 10 au soir, je suis revenu à Bruxelles, pour de bon, un peu à regret. Mais bon, j'avais rendez-vous le lundi avec un nouveau médecin, qui connaît bien les médicaments et particulièrement les antidépresseurs. Il m'a longuement écouté et m'a conseillé de poursuivre le Prozac générique, on verra dans les semaines suivantes, et aussi de l'associer avec du Trazolan, à prendre le soir, dont l'association avec le Prozac donne souvent de bons résultats, on peut donc essayer, tout en sachant évidemment qu'il faudra attendre deux ou trois semaines avant de savoir si ça fonctionne pour moi.
Donc, j'étais de retour, et le lundi matin, seul chez moi avec le soleil pleins tubes dehors, ça allait un peu moins bien déjà. Mais le mardi et les jours suivants, c'était bien, vraiment bien, beaucoup de moments sociables et amicaux, plus que d'habitude, vu Fr., Dan., M., N. bien entendu, des moments délicieux, conviviaux, tendres, amicaux. Et puis, il y a eu quelques jours nuageux et frais, avec des ciels gris et blancs, j'ai pu remettre une veste, il y a même eu quelques pluies délicieuses, ça contribuait à mon bien-être. Même si, au fond, je navigue toujours à vue, je vis à la petite semaine, sans faire de grands projets, mais je fais ce que je peux, avec ce que j'ai.
Aujourd'hui, je vais voir une exposition de photos avec Fr., le soir je vais souper avec An., demain je vais à l'anniversaire de Sa., la petite fille de mon ami St. (elle a onze ans), lundi matin et midi, je vais encore manger avec Dan., je verrai encore Ma. un midi, je passerai encore des moments avec N., ça va bien entre nous pour le moment. Savourer ce qui peut l'être, jour après jour, créer des occasions, si possible, quand elles ne se présentent pas à moi. Continuer à vivre, le mieux possible.
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17.03.2011
Complicité
Ce jeudi, pendant deux bonnes heures, voire trois, des moments précieux et complices avec D., au Mokafé une nouvelle fois. Nous avons mangé des paupiettes de volaille aux champignons avec un Orval, et parlé, parlé, ri, fait le tour des sujets, les relations humaines, ma déprime ou plutôt ma grande fragilité actuelle, la politique, le Japon submergé qui éclipse le drame de la Libye, un peuple qui allait se libérer de la tyrannie ubuesque de Kadhafi et qui risque de retomber tout entier sous sa coupe, sans être secouru. Parlé de la pensée magique et des pseudo-sciences, qui m'énervent et m'accablent tant, surtout quand j'y suis confronté lors de mes séjours dans mon village d'adoption. D. partage cet accablement, cet énervement, elle est encore plus remontée que moi devant ces naïvetés, ces fumisteries, cette crédulité. Souvent, elle a projeté de séjourner dans le village, dans la maison communautaire, mais c'est sans cesse compromis, remis, différé, à son grand regret.
Il y a peu de personnes, en réalité aucune pour le moment, avec qui je partage une telle complicité intellectuelle, artistique, culturelle, politique, un tel humour déjanté aussi. C'est pour cela que ces moments, trop rares du fait de son emploi du temps trop chargé, sont si précieux, et que je n'attends qu'une chose, qu'on se revoie. Si j'avais plus de relations comme celles-là, si elles occupaient plus de temps, plus de place, dans ma vie, nul doute que j'irais mieux, que ma vie serait plus riche, plus agréable, plus vivable.
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14.03.2011
Morosité
Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive, ces derniers temps, et au fond je ne comprends pas bien pourquoi. C'est ténu, c'est confus, c'est flou. Peut-être que je ressens une certaine usure, ou une usure certaine, dans ma relation avec N. ? Que ce qui était tout nouveau, inespéré, inattendu, est devenu plus quotidien, plus banal, un peu insatisfaisant ? Que l'alternative est entre la poursuite d'une relation qui ne me satisfait plus totalement et d'autre part le néant, la solitude absolue, que je connais que trop bien.
Je me traîne, je n'ai plus guère d'enthousiasme, je n'ai pas de rêves réalisables. Je reviens d'une dizaine de jours dans mon village gaumais, et là aussi, contrairement à tant d'autres fois, je n'étais pas vraiment bien, je supportais difficilement les gens parfois trop nombreux dans la maison où je séjourne, trop de nouvelles têtes, j'étais submergé, envahi. Et surtout, je ne supportais plus les fréquents discours New Age, quand ce n'est pas l'astrologie, c'est la carafe revitalisante, les chakras, les ondes de forme, des fumisteries à répétition. Et à d'autres moments, ce sont d'interminables bavardages sur le bio, on dirait que pour ces gens seul le bio est consommable, le reste n'est pas vraiment de la nourriture. Et pourtant, de belles balades dans la nature, dans la vraie campagne, seul ou en bonne compagnie, ça devrait être bien. Oui, ce l'est, mais les effets ne sont pas durables, tôt ou tard je retombe dans la morosité.
Vendredi, enfin, je retourne à Bruxelles, je retrouve mon quartier avec plaisir et satisfaction, le temps est encore gris, frais et nuageux, c'est tout ce que j'aime. Je retrouve ma solitude choisie avec bien-être. Plus de foule bourdonnante dans la cuisine, comme dans la maison d'A., le silence, enfin le silence quand le voisin du dessus, un jeune étudiant, très gentil mais bruyant, ne provoque pas de chocs sourds sur mon plafond, donc sur son plancher.
Samedi, une amie, F., me propose d'aller au Musée du Cinéma (je continuerai à dire ainsi, plutôt que "Cinematek", vilain vocable produit par une équipe de conseillers branchés), pour voir "La féline", de Jacques Tourneur (1948). Beaucoup de charme dans ce film noir et blanc délicieusement désuet et mystérieux, mais l'heure était déjà avancée et j'ai dû lutter contre le sommeil.
Hier dimanche, et aujourd'hui, je n'ai vu personne, je n'ai pas eu le courage de contacter tel ou tel, je n'avais aucun ressort, je me suis laissé glisser dans la grisaille. Au moment où j'écris, c'est toujours la grisaille, la morosité. J'ai en outre appris que le toit de la maison de mes parents, que je loue depuis quelque mois pour m'assurer un appréciable complément de revenus, est en mauvais état, et qu'il faudra entièrement le réparer, de très grosses dépenses en perspective. Mais ce n'est pas cela qui m'enfonce, c'est autre chose, de plus diffus, de plus flou. Peut-être devrais-je reprendre des antidépresseurs, mais ce n'est pas la solution, en 2009 j'en prenais encore, et c'était souvent le désastre, cela n'empêchait rien. Evidemment, les médecins auraient beau jeu de dire "qui sait, ça aurait été sans doute encore pire sans médicaments ?".
Bon, que faire, sinon continuer à vivre.
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27.02.2011
Mokafé, musique klezmer et autres douceurs
Des mois, des mois, que je n'ai rien écrit ici. Sentiment de n'être pas lu, ou guère, souci de discrétion aussi. En août, une relation que j'avais avec une femme a changé de nature, elle est devenue une "relation de tendresse", quels jolis mots. Cela durera tant que nous en aurons envie, tant que ça nous fera du bien. Je n'en parlerai pas ici.
Mais aussi, depuis quelques semaines, parfois, souvent, la tristesse, des jours moroses, des moments maussades, des moments de langueur, de grisaille. Fait nouveau, ou du moins remis à jour, je suis allé allors, dans ces moments-là, lire, lire, au café, au Mokafé, dans les Galeries Saint-Hubert, cet endroit que j'aime entre tous, sans musique d'ambiance envahissante, j'y vais surtout quand il y a peu de monde, pas de vacarme, de bruits de voix, de foule. Je vais y lire, parfois un après-midi entier, la dernière fois c'était pour y lire, attentivement, savoureusement, "L'imposture scientifique en dix leçons", de Michel de Pracontal, journaliste scientifique au Nouvel Observateur. La mémoire de l'eau, les effets psi, les dérives dans l'interprétation de la physique quantique par le New Age (que j'abhorre), le créationnisme, tout y passe, et c'est un livre écrit avec humour, intelligence.
Vu aussi Muriel, rencontrée à A., mon village favori des alentours de la Gaume, où j'aime m'éloigner de la ville, au "Platesteen", une belle vieille brasserie au centre de la ville. Parlé de photographie, de numérique et d'argentique, des relations humaines, du temps qui passe, de l'évolution des quartiers. Un bon moment, dynamique, attachant.
Le lendemain, ayant vu que ce beau vieux café était calme l'après-midi, j'y suis retourné, j'ai lu encore et toujours. Puis j'ai parcouru les rues, sous ce ciel gris souris et dans cet air frais que j'aime tant, et je suis allé près de la place Anneessens, dans une rue délabrée et improbable, voir le siège bruxellois (et européen ?) d'un parti improbable, qui se dit "national-bolchevique", et qui soutient la Libye de Kadhafi, la Russie de Poutine, la Syrie d'Assad, comme autrefois l'Irak de Saddam et la Serbie de Milosevic, enfin tout et n'importe quoi du moment que ce soit anti-impérialiste, anti-sioniste et anti-yankee. J'ai vu, et j'étais stupéfait, la vitrine abandonnée de ce parti, ses publications jaunies et racornies, la propagande pro-Kadhafi, un lieu abandonné, dévasté, un décor de film.
J'ai vu, j'ai revu, les étalages des magasins de photo de la rue du Midi, l'argentique est réduit à la portion congrue, le numérique s'affiche, triomphant. J'ai délaissé, depuis des mois déjà, l'atelier C., quelque part à Etterbeek, où j'étais inscrit, ou réinscrit, pour faire des tirages noir et blanc à l'ancienne (!), j'ai arrêté d'y aller, entre mes séjours fréquents dans mon village préféré, et ma démotivation inexplicable. Pourtant, je pourrais encore y retourner, y faire aussi des tirages numériques jet d'encre, sur du beau papier Epson Velvet Fine Art, et je cale, je n'arrive plus à y retourner. J'ai une formidable nostalgie des treize années que j'ai passées à l'Académie d'Etterbeek, à faire des tirages noir et blanc, dans les bains, dans la lumière rouge.
Ce soir, avec Marc et Michèle, deux personnes très sympathiques que j'ai recontrées en 2005 lors d'un beau voyage organisé (mais loin des clichés et du consumérisme) en Roumanie, ce soir donc, je suis allé avec eux voir, et surtout écouter, un concert de musique klezmer à l'atelier Marcel Hastir, près de la station Arts-Loi. Quatre musiciens belges, une accordéoniste (avec un peps incroyable), une violoniste (jolie et pleine de vie), un clanrinettiste et un contrebassiste. De la musique juive (ou non) d'Europe centrale et orientale. Une merveille. Cela ne trompe pas, j'en avais des frissons dans le cou, dans la nuque, j'en avais des larmes aux yeux. Et comme toujours, quand c'est beau, quand c'est bon, j'anticipe déjà le moment où ce sera fini. C'est fini, en effet, mais ça m'a nourri. Nous sommes allés manger un bout ensuite, à la Tourelle, boulevard Général Jacques, là où, paraît-il, vient souvent Amélie Nothomb, enfin qu'importe. Ils ont pris des macaronis jambon-fromage au gratin, et moi des tagliatelles à l'africaine (pâtes brunes, crabe, sauce moutarde) : un délice.
Voilà encore des moments qui valaient la peine d'être vécus. Qui lira ce billet ? Je le (ou la) salue, quoi qu'il en soit.
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24.07.2010
Entre deux pauses
Une escale, très courte à Bruxelles, avant de repartir, cette fois à A... jusqu'à la fin de la semaine. Une escale après une semaine très "vacances", pépère et familiale (familiale d'adoption, si on veut), avec un ami, S., sa fille de 10 ans, joyeuse et pétillante, et deux copines communes de longue date. Une semaine dans un gîte rural, à la ferme, dans le Boulonnais, à une vingtaine de kilomètres de la mer. Nous étions environnés de poules, dans le grand jardin tranquille, elles caquetaient, elles étaient rousses, je les ai même enregistrées (et photographiées, ça va de soi). Des matinées paresseuses, où l'on traînait sans doute un peu trop à mon goût, mais bon, l'après-midi on allait découvrir, se balader, prendre le soleil, faire trempette. Le Cap Gris-Nez, le chemin depuis ce cap jusqu'au village d'Audresselles, en bord de falaise, le Cap Blanc-Nez au coucher du soleil, les marches sur les plages immenses et presque désertes, les falaises anglaises en face, les marais de Guînes, les collines calcaires près de Desvres (d'où l'on a tiré la matière première pour les faïences), le colossal bunker d'Eperlecques, d'où l'Allemagne nazie comptait envoyer ses V2 sur l'Angleterre. Des petites moules, des crabes, de l'espadon grillé, du cidre breton, des rillettes de saumon et du blanc bien frais. Et aussi la lecture de l'autobiographie de Pablo Neruda, "J'avoue que j'ai vécu". Et demain, je repars, vers mon village bien connu, avec le même ami, S. et sa petite fille (joyeuse et pétillante).
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15.07.2010
Entre-deux
Entre deux. Je suis dans l'entre-deux. Je séjourne quelques jours dans ma ville, la grande ville, parfois surchauffée, parfois orageuse et plus fraîche, entre deux longs moments ailleurs. Dimanche dernier, à minuit, je suis rentré d'une longue semaine à A..., mon village préféré où j'ai cette fois participé à un atelier d'écriture. Il a été un peu décevant, je dois l'avouer, les consignes étaient parfois peu enthousiasmantes, et les textes des participants, dans l'ensemble, étaient souvent décevants, basiques, scolaires, plan-plan pour tout dire, ce qui ne veut pas dire que mes propres textes étaient géniaux. Entre 1994 et 2004, j'ai participé à un atelier d'écriture au long cours, d'abord avec un animateur pendant cinq ans, puis en autogestion, et j'en conserve une impression beaucoup plus enthousiasmante, riche, variée, créative. Les participants étaient beaucoup moins plan-plan, il faut l'avouer, et ça change tout.
Et puis, à A..., j'ai pu supporter la canicule plus facilement qu'à Bruxelles, il y avait de l'ombre sous les sapins, au bord du ruisseau, j'y ai côtoyé un superbe écureuil pendant un bon quart d'heure, c'était un beau moment. Dans les pires pics de chaleur, j'ai trouvé refuge dans la petite bibliothèque, où j'ai lu le beau et passionnant livre de Primo Levi, "La trêve", où il relate son long retour, parfois picaresque, parfois plus tragique, vers l'Italie, en traversant toute l'Europe de l'est pendant de longs mois, après sa libération du camp d'Auschwitz.
Cinq jours ici, forcément moins sociables, mais bon, ça va, et puis samedi je repars, pour une semaine près du Cap Gris-Nez, avec Stéphane, un ami de longue date, sa fille et une amie commune, on ira dans un gîte rural, on goûtera assidûment l'air du large. Ensuite, très probablement, retour dans mon village préféré, toujours avec Stéphane et sa fille, nous logerons dans des chambres d'amis chez une personne du village, la maison communautaire où nous avions l'habitude de séjourner étant pleine.
Il y a eu entretemps la grande migration des blogs Skynet vers une nouvelle plate-forme, ça a été la catastrophe, pour moi comme pour de nombreux autres blogueurs, surtout pour ce qui concerne mon autre blog, photographique, mais tout est rentré dans l'ordre grâce à l'aide précieuse d'une blogueuse expérimentée en langage html... que je salue ici ;o).
Et la vie continue...
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01.07.2010
Une journée pleine et entière
Ce midi donc, revu Marc au TradiNatura, il n'avait pas oublié, cette fois, les bonnes confitures maison soigneusement étiquetées, tout droit issues des richesses de son jardin, et une bouteille de sirop de fleurs de sureau. Allongé d'eau, servi très frais, c'est un grand plaisir de l'été, que j'avais déjà savouré à A..., mon village préféré, mon havre de paix et de vie.
C'est toujours agréable d'évoquer avec lui des idées, des valeurs que nous partageons, la laïcité, la rationalité, les valeurs de gauche (sans excès ni dérives angélistes), le refus du consumérisme, du grégarisme. Il a repris du poulet farci, et moi j'ai essayé des aubergines et autres légumes méditerranéens, avec du boeuf haché et du boulghour. Et encore du vin blanc. Comme dit l'autre, on n'a jamais que le bien qu'on se fait.
Lesté de mes pots de confiture, j'avais un temps libre à occuper au centre-ville, j'ai lu Libération de fond en comble, et même un "Soir" du jour, en buvant une eau pétillante bien glacée. Puis, j'ai marché à travers la ville surchauffée, en recherchant l'ombre, jusqu'au Botanique (Centre culturel du même nom), où j'ai aussi attendu un peu, assis sur des marches de pierre bleue, attendu D. Elle est venue, un peu en retard, et nous nous sommes engouffrés dans l'exposition du photographe Cédric Gerbehaye sur le Congo. Non seulement l'exposition, de grandes photos noir et blanc, parfois carrées, parfois panoramiques, était puissante, sobre, âpre, nourrissante, forte, mais aussi, il faut le dire, nous avons savouré à fond le calme, le calme presque total dans l'exposition, la fraîcheur de la salle, la lumière atténuée, ce qui, en ces temps d'offensive estivale, sont des luxes.
Puis, en tram et à pied, nous sommes allés à notre repaire favori, le Mokafé, dans les Galeries St-Hubert, manger un peu, boire des bières fraîches, parler, parler, nous avons une très ancienne connivence, culturelle, artistique, politique, laïque. Le même humour aussi, c'est très précieux, parfois féroce, ironique, décalé, absurde. La galerie était calme, la terrasse était peu fréquentée, toute la masse des touristes de base s'agglutinait plus loin, près de la Grand-Place, dans des établissements frelatés ou consuméristes, là où nous étions il y avait aussi des habitués, des vieilles dames solitaires qui aiment se poser là, lire, converser avec la table voisine, un homme vieillissant et étrange, qui lisait un journal allemand à bout portant. J'ai bu une Orval bien fraîche, l'Orval me relie toujours à la Gaume, toute proche d'Avioth, et puis une Hoegaarden rosée, délicieusement fruitée et fraîche.
Puis on prend le bus 71, je quitte D. aux étangs d'Ixelles, je rentre chez moi, je fais de l'air, de l'air, de l'air, je savoure le ciel noir, si dehors c'était calme, sans les voitures et les clameurs des supporters, ce serait parfait. C'était une journée qui valait la peine d'être vécue, et on ne me la reprendra pas...
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29.06.2010
L'été de tous les dangers
C'est l'été, la première offensive de la chaleur, qui s'accentuera encore jeudi et vendredi. Dimanche, ou peut-être déjà samedi, je partirai à A..., mon village préféré, là où je suis entouré, où je me sens en sécurité, souvent apaisé, mais aussi souvent joyeux, heureux, savourant l'instant. C'est vrai que, en quelque sorte, je suis devenu dépendant de ce lieu et de ces phases rurales et conviviales, mais peut-on réellement appeler ça de la dépendance ? Est-ce de la dépendance que de constater que je suis mieux entouré, entouré si je veux, quand je veux, et solitaire aussi, quand je veux, quand je marche seul dans cette campagne que je connais bien, presque trop bien même, à force de marcher, marcher, sur tous les chemins des alentours, dans un rayon de dix kilomètres ?
Le dernier séjour avait été très agréable, même si j'avais été étrangement mou et engourdi, voire même un peu morose, au début. Puis les jours passèrent, il y eut plus de monde, des nouvelles têtes aussi, et je fus à nouveau joyeux, plein de vie, heureux de l'instant. Un vendredi après-midi, entre 16 h 30 et 21 h 30, j'ai fait une longue marche avec Ivan, cinéphile prolixe (parfois trop), qui voulait retrouver un cerisier. Nous l'avons trouvé, près du village de Sapogne-sur-Marche, il en ramena trois kilos, et moi je me suis contenté d'en manger en abondance, sur place, avant de reprendre ma route.
Le lundi 21 juin, il faisait encore frisquet, étonnamment pour le premier jour de l'été, je lisais au jardin, avec les salades, les poireaux, les fraisiers, sous mes yeux, et j'avais dû rentrer, à cause du vent froid. Ce même vent froid qui me fait rêver au moment où j'écris, dans ces jours de canicule bruxelloise fort solitaire.
Le lundi 21 juin donc, j'ai dû rentrer, comme tout le monde, la maison communautaire fermait pour plusieurs jours, en raison de travaux de rafraîchissement. De toute manière, il y a quelques pauses chaque année, la maison ferme et seuls ceux qui sont totalement autonomes, dans les cabanes ou dans le gîte attenant, peuvent éventuellement rester. Rentrer à Bruxelles, ce n'était pas grave en automne, en hiver ou au début du printemps, quand l'ombre, l'obscurité, les nuages, la pluie, le froid, rendent la vie urbaine, ma vie urbaine, tout à fait supportable, ou même agréable, même si elle est, la majeure partie du temps, solitaire.
Dès le mardi ou le mercredi, le soleil s'installa, pour le plus grand plaisir de la majorité, pour mon plus grand déplaisir à moi. C'est à ce moment que cela devient "l'été de tous les dangers", que la frustration (sexuelle, amoureuse, mais amicale aussi, dans une certaine mesure) atteint son paroxysme, que la colère et la douleur, que le manque, que l'envie, la jalousie, le vide, le sentiment d'échec et d'impuissance peuvent atteindre les sommets. Alors, dans ces moments-là, je cherche à me préserver, à m'abriter des ardeurs du soleil, à éviter de voir en face ce qui suscite mes désirs et mes envies.
Dimanche matin, il y avait une grande braderie-brocante à Forest, et je suis allé y retrouver Da., une Roumaine rencontrée à A..., une sympathique femme d'un certain âge, sympathique et chaleureuse, mais aussi grassouillette et un peu ringarde sur les bords, c'était encore plus flagrant ce matin-là. Elle proposait qu'on discute avec P., un homme avec qui elle fait des ateliers de biodanza, du petit séjour qu'on avait convenu de faire au Cap Blanc-Nez, fin juillet début août. Ça n'a pas l'air de se présenter sous les meilleurs auspices, le P. en question n'a pas l'air fort décidé, et à vrai dire, je n'ai pas envie d'y aller avec Da. seule, je ne la connais pas très bien encore, j'ai peur qu'on s'ennuie, que ce soit dans une station balnéaire bondée, tout ce que je déteste, que je crains. Bref, ça ne donnait pas grand-chose, on était là derrière son stand où elle vendait des vêtements et des bricoles, je m'ennuyais à vrai dire, seul un de ses voisins, un jeune homme, Laurent, était vraiment intéressant, et nous avons parlé assez longuement, agréablement. Mais lui n'avait pas l'air disponible pour ce petit séjour.
Le bruit, la foule (mais pas enviable ici, dans les brocantes et les braderies, il n'y a pas beaucoup de "beaux, jeunes et heureux" et de femmes désirables, et de couples enviables), donc le bruit, la foule, la laideur des bricoles hétéroclites exposées, la chaleur, la lumière excessive, tout ça m'a donné envie de partir et je suis parti. Un trajet en bus 48 et me voilà au centre de la ville, près de la Bourse. Je vais au fond d'un resto chinois, peuplé de quelques petits groupes de Chinois, et je mange un plat simple et savoureux, un boeuf aux brocolis.
Qu'y avait-il de mieux à faire ensuite, pour échapper à l'offensive de l'été ? Aller au cinéma, goûter la fraîcheur, l'obscurité, le calme. Je suis allé successivement à l'Arenberg-Galeries voir "Femmes de sable, femmes de roc", un documentaire de Nathalie Rogiers (la vie de femmes Toubous au Niger, qui font trois semaines de voyage pour aller vendre leur bétail au marché d'Agadès), puis à l'Actor's Studio, voir "Fleur du désert", un film étonnamment apparenté au précédent : la vie de Waris Dirie, une Somalienne, excisée à trois ans, mariée de force à treize ans, qui, la veille de ses noces, s'enfuit dans le désert, rejoignit la capitale, puis plus tard, après avoir travaillé comme bonne à tout faire à l'Ambassade de Somalie à Londres, rencontra par hasard un photographe dans le Macdo où elle travaillait, pour ensuite devenir mannequin. Un très beau film aussi, un peu plus commercial et grand public (musique un peu trop présente, mouvements de caméra trop appuyés), mais un bon et grave moment. Tout ça me permit d'échapper aux rayons solaires pendant cinq heures. Rentré chez moi, il fallut encore attendre deux ou trois heures avant de goûter enfin, imparfaitement mais malgré tout, la nuit...
Hier lundi, comme c'était convenu, j'ai mangé avec Marc au TradiNatura, boulevard Anspach, c'était très bon, nous avons pris tous les deux du poulet farci avec du boulghour, que j'ai accompagné de vin blanc frais. Excellente conversion, bien que trop courte, car il devait aller à une réunion, nous avons parlé aussi bien du Big Bang, des confitures de groseilles, de mon village préféré, de mon aversion pour l'été, mais aussi du poly-amour, concept qui le séduisait aussi, dans une certaine mesure, mais qu'il considère comme inapplicable pour la majorité des relations, pour la majorité des personnes.
Encore envisagé d'aller voir un film ensuite, mais aucun ne passait à une heure adéquate, je me suis résigné à rentrer chez moi, à tirer les tentures en coton écru des fenêtres côté rue, à faire des courants d'air, même si je devais pour ça entendre le bruit des voitures, à me coucher sur mon vieux divan, en tenue de plage, avec un gant de toilette mouillé à l'eau froide sur le visage, à essayer de m'endormir, ou tout au moins de somnoler, de rêver, d'abolir le temps.
A 18 heures on sonne à la porte, je suis tenté de ne pas répondre, croyant que c'est ma propriétaire qui a une nouvelle banale et mineure à me communiquer, mais on insiste, j'ouvre, c'est Fr., une amie de longue date, qui passait par là.
Bref, on parle, on regarde des choses sur mon ordinateur, puis le temps passe, et elle propose d'aller manger au frais, au Roi du Poulet, la grande cantine portugaise toute proche, on y va donc, par mon itinéraire favori, des rues tranquilles et ombragées, itinéraire qui, en plus, permet d'éviter les lieux où se concentrent les "beaux, jeunes et heureux", c'est donc tout bénéfice. Nous arrivons donc dans la salle, assez calme, fraîche, ombreuse, et nous commandons, des seiches grillées pour moi, du poulet grillé pour elle. A., son ami, arrive plus tard, nous sommes heureux de nous retrouver, ça fait presque vingt ans que nous nous connaissons, ça compte. Bonne soirée, animée et tranquille à la fois. Encore bu du vin blanc, sans excès, je ne suis d'ailleurs aucunement dépendant de l'alcool, pas d'inquiétude, du bon vinho verde bien frais, l'idéal en cette saison.
Jour après jour, avancer petit à petit, savourer ce qui peut l'être.
14:09 | Commentaires (0)
09.06.2010
Guinness et Irish Grill
Est-ce la Guinness, crémeuse et fraîche à souhait, d'abord une pinte (56 cl) puis une demi-pinte (28 cl) en accompagnement d'un Irish Grill, dans un pub irlandais de la place Flagey ? Irish Grill roboratif et simple, somptueux et reconstituant, oeuf, tranches de bacon, saucisses, black and white pudding, tomates grillées, champignons. Toujours est-il que ça me donne envie d'écrire, ici, dans ce blog secret et confidentiel, où je me suis si peu épanché ces derniers mois.
La pluie, obstinée et tranquille, tombe depuis des heures sur la ville. Elle était douce et amicale, quand je marchais dans les rues, un joli spray sur ma tête dégarnie, sur mes joues, sur mes épaules. Bonheur. Il fait doux, mais il pleut, les terrasses des cafés branchés (ou non) sont presque désertes, les rives de l'étang sont vides, délice de voir les "beaux, jeunes et heureux" légèrement mis entre parenthèses.
Mais je vais assez bien, même bien, rien à voir avec il y a un an à la même période. Ce matin, vu la dame de l'agence par laquelle je vais louer la maison de mes parents, comme revenu stable pour l'avenir. C'est en bonne voie, la maison est rafraîchie, presque totalement "louable". J'ai ramené ce qui restait de vaisselle, quelques tasses, quelques soucoupes, et je suis allé les donner cet après-midi aux Petits Riens, rue Américaine, un jeune homme très sympathique m'a accueilli, m'a donné une jolie caisse en carton où déposer délicatement cette vaisselle qui connaîtra donc d'autres possesseurs. Le quartier bobo de la place du Châtelain était un peu vidé par la pluie, rendu presque agréable, j'aime la pluie d'été qui clairsème les foules dans les rues.
Dans quelques jours, encore une fois, je retournerai dans mon village préféré, pour une semaine. Ce vieux Lucien sera là toute la semaine, bonheur.
Dimanche, il faudra aller voter. Pour la première fois depuis près de trente ans, je pense faire une infidélité partielle au vote Ecolo. La tentation de voter pour défendre la Belgique francophone, pour défendre la laïcité, menacée par l'offensive islamiste (et/ou islamique), pour dire stop à certaines dérives. Et pourtant je reste de gauche, mais je suis de plus en plus sceptique par rapport à certains discours angélistes et politiquement corrects, qui m'agacent.
18:53 | Commentaires (0)
07.03.2010
Et une douce semaine aussi
La semaine qui vient de s'écouler a été agréable, tout à fait vivable, assez sociable malgré de longs moments de solitude, classiques mais faciles à supporter. Mardi et mercredi, au pied levé, vu Lucien, mon grand et cher ami d'A..., mon village refuge préféré, qui était de passage à Bruxelles pour régler des affaires familiales. Passé du bon temps avec lui au Pitch-Pin, un café de la place Flagey (ex-Antenne), qui n'a pas été, heureusement, reconverti en café pour les bobos branchés. Je lui ai fait des copies de CD qu'il m'avait demandées, des musiques de sa jeunesse, Woodstock, Graeme Allwright, Atahualpa Yupanqui, Paco Ibanez. Moments chaleureux, complices, souvent drôles. Bu des Blanches citron, et lui des Leffe blondes.
Puis nous sommes allés au centre, pour passer une bonne tranche de temps au Mokafé, croque-monsieur et Chimay pour lui, tarte aux framboises et lait russe pour moi. Il était très heureux d'être là avec moi, de revoir ces lieux qu'il aimait et n'avait pas vus depuis tant d'années. Il a ensuite gagné son petit hôtel pour une nuit.
Le lendemain, encore une heure ou deux au Pitch-Pin, et puis je suis allé faire ma lessive et lui s'est dirigé vers la gare, pour reprendre le train vers le fin fond du pays. J'espère qu'il pourra avoir un point de chute dans la capitale, pour que nous puissions encore passer des moments ensemble.
Jeudi, vu N., que j'avais connue via un site de rencontres, et que je trouve très intéressante et attachante, même si je n'ai pas d'attirance particulière (et alors ?). Nous avons visité ensemble l'exposition sur le Cubisme et son contexte (collection de la Fondation Telefonica), au Musée d'Ixelles, une superbe exposition, avec des oeuvres de André Lhote, Juan Gris, Maria Blanchard, Natalia Gontcharova...
Vendredi, vu Al. et Fr., mes amis de longue date, au café O Régua, populaire et bruyant (et peu fourni en bobos branchés et/ou en "beaux, jeunes et heureux", donc très supportable). Parlé évidemment de cinéma, de réalisateurs, de films, d'Otto Preminger, de Peter Cushing, de Dana Andrews (redécouvert cet acteur dans "Mark Dixon détective" et "Laura", de Preminger).
Et je vois des DVD sur mon cher vieux canapé râpé, couette sur les genoux, "Laura", "Mark Dixon détective", "Autopsie d'un meurtre", d'Otto Preminger, "Le monde, la chair et le diable", de Randall MacDougall.
Ce dimanche, un beau soleil déjà envahissant, heureusement compensé par un vent glacial, et j'ai lu une bonne partie de l'après-midi au dit café O Régua, déjà 145 pages d'un excellent livre, un essai, un reportage en partie photographique, "Splendeurs et misères du travail", d'Alain de Botton. Brillant, passionnant, impressionnant, souvent drôle et caustique aussi. Et le soir, à l'Arenberg-Galeries, avec ma vieille amie et complice Dan., vu un excellent film roumain, de Cristian Mungiu, "Contes de l'âge d'or", quatre histoires décapantes et absurdes qui se passent à la fin de l'ère Ceausescu.
Une bonne semaine, pourvu que ça dure.
23:57 | Commentaires (0)
01.03.2010
Une douce journée
C'est le premier mars, mais tout va bien encore, je ne subis pas encore d'attaques du printemps. C'est l'hiver, je le savoure. Hier, rien. Une journée vide et léthargique, mais pas douloureuse. Dehors, la tempête soufflait, il pleuvait à verse. Pas de dégâts visibles.
Eté dormir très tard, levé assez tard. Un bruit de moteur dehors : c'étaient les bûcherons qui commençaient à abattre les marronniers le long de l'étang. Rénovation, disent-ils. Les arbres commençaient à être vieux et malades, on en plantera d'autres. Le paysage vu de mes fenêtres va changer dans les jours qui viennent. Je vais prendre des photos, au fil de l'abattage, pour leur rendre hommage, à ces marronniers, qui m'accompagnent depuis si longtemps.
A 12 h 15, allé manger au Mokafé avec Marc. Un moment agréable, comme on en passe souvent, au milieu de sa journée de travail à Bruxelles. Nous avons pris tous les deux une tagine de cabillaud aux légumes, assez bonne, sans plus. Puis un morceau de tarte, moi la traditionnelle tarte aux framboises, lui une tarte aux pommes et amandes, à la frangipane.
On s'est dit au revoir et je suis allé chez Tropismes. Cédé aux tentations, acheté deux livres : "Splendeurs et misères du travail", d'Alain de Botton, et "L'esclavage en terre d'islam", de Malek Chebel. Puis, je suis allé à l'Actor's Studio, adorable petit cinéma résolument anti-commercial, anti-masse, où j'ai vu "Le petit Nicolas", un charmant film grand public, d'après l'oeuvre de Sempé et Goscinny. Très plaisant, j'ai ri plusieurs fois. Et j'étais le seul spectateur dans la petite salle ! Un plaisir, comme si j'avais ma salle de projection à moi, et tout ça pour 6 euros !
Passé dans la Galerie du Centre, assez glauque et délaissée, et vu le cinéma Aventure, tout neuf mais trop clinquant. Sur leur site, les salles ont l'air trop colorées, trop tape-à-l'oeil, et les prix sont élevés. Le pari d'attirer une clientèle bourgeoise aimant le confort et le silence (pas de popcorn en vente, très bien !).
Retourné vers mon quartier, et passé chez V., que je n'avais plus vu depuis des lustres. Parlé d'informatique (et des systèmes d'exploitation des Mac), de photo, d'écriture, de la douceur de l'hiver en ville, de mes futurs séjours à la campagne, dans mon village préféré.
Je rentre chez moi, je mange une entrecôte cuite dans la poêle, vite fait bien fait, et je regarde la suite du film entamé hier, un DVD de ma cinémathèque, "Autopsie d'un meurtre" de Otto Preminger (1959), avec James Stewart, Lee Remick, Ben Gazzara. Très beau polar noir et blanc, mais à la fin assez décevante.
C'était une bonne journée, si éloignée de mes souffrances de l'été dernier. Une journée avec de la convivialité et de la culture, du calme, des rues animées aussi, et de l'air frais dans les rues.
22:49 | Commentaires (0)
25.01.2010
Vive l'hiver
Je continue ma pause. Toujours guère d'images à montrer. J'en ai en réserve, mais ce sera pour plus tard. L'envie n'est pas là. A part ça, je ronronne, je vis doucement. Je savoure à fond l'hiver, le froid, les ciels nuageux, les nuits précoces. Cette météo, je la voudrais même pendant des mois encore, même si je préfère un peu novembre, il fait alors un peu moins froid, il y a des feuilles jaunes sur les arbres, ou dans le vent, sur les trottoirs.
La nuit tombe encore tôt, vers 17 heures. J'aime ça. C'est moi qui décide s'il fera chaud ou non dans mon repaire, dans mon nid, s'il y aura de la lumière, et en quelle quantité. Je m'allonge chaque soir ou presque sur mon canapé râpé et confortable, couette sur les genoux, casque audio sur les oreilles, et je regarde des DVD de ma cinémathèque sans cesse croissante. Ces derniers jours, des délicieux films tchèques des années 60-80 : "Les amours d'une blonde" de Milos Forman (1965) ; "Trains étroitement surveillés" de Jiri Menzel (1966) ; "Mon cher petit village" de Jiri Menzel (1985) ; et bientôt "Les petites marguerites" de Vera Chitylova et "L'as de pique" de Milos Forman. Il y a quelques jours, j'ai revu "La discrète" de Christian Vincent, avec Fabrice Luchini, dont c'était le premier succès notable, et la délicieuse Judith Henry. Demain, je passerai dans une médiathèque pour y emprunter deux prometteurs films de science-fiction des années 60.
Je lis aussi, mais moins que dans mes phases rurales, si l'on excepte la lecture presque quotidienne de "Libération". J'ai commencé à lire une autobiographie de Pablo Neruda, "J'avoue que j'ai vécu". Ça a l'air passionnant. En feuilletant le livre vers la fin, j'y ai cependant repéré des passages fort indulgents pour Staline. Combien d'intellectuels communistes, y compris Neruda, ont-ils eu cet aveuglement, volontaire ou non, à l'égard du dictateur soviétique ?
Le froid, la grisaille, la nuit précoce, les rives des étangs froides et boueuses, ont aussi et surtout un avantage décisif. Les "beaux, jeunes et heureux", les vingtenaires et trentenaires en groupes d'amis et en couples (câlins et papouilles) sont beaucoup moins visibles dans l'espace public. Les rives des étangs sont désertes, les terrasses des cafés bobos et branchés sont vides. Je suis préservé de leur vision quotidienne. Et en plus, mon appartement n'est pas trop chaud (comme il l'est pratiquement d'avril à octobre), pas inondé de lumière excessive. Donc, je ronronne, je lis, je savoure des films, et même quand je suis seul assez longtemps, je n'en souffre guère. Je suis même bien en ma propre compagnie.
Bonjour à toi, Loo, si jamais tu passes ici ;o)
16:42 | Commentaires (3)
08.12.2009
Se suffire à soi-même
Je ne sais pas très bien pourquoi j'ai choisi ce titre. Peut-être qu'il me vient à l'esprit parce que c'est ce que j'ai fait ces derniers temps. Un mois aujourd'hui que je suis rentré de mon village préféré, de la maison communautaire où je passe une partie de mon temps. La dernière fois, j'avais été contrarié par les nombreux échos de la pensée magique que j'y avais entendus (astrologie, influences de la lune, fleurs de Bach, biodynamie et compagnie). C'est une des raisons pour lesquelles j'étais content de rentrer chez moi cette fois-ci.
Les jours ont passé, je me suis en hibernation douce, en ne voyant pas grand-monde, en ne faisant guère d'efforts en tout cas pour en voir. C'était le béni mois de novembre, automnal et gris, frais et calme, j'ai ronronné près du feu, du convecteur plus précisément. J'ai gravé des films, j'ai regardé des films sur mon portable, sous la couette, sur mon vieux divan élimé. J'ai dormi. J'ai lu, scanné des diapositives, mangé de bonnes choses. Je me suis laissé vivre.
Je pensais retourner à A..., mon village favori, malgré la crainte d'entendre encore des pensées magiques, et puis non, deux jours avant mon arrivée, je me suis décommandé sous divers prétextes plus ou moins valables et crédibles. Peut-être y retournerai-je vers Noël. Nowèl, beurk, j'aime pas Noël, j'aime pas les boules, les trucs qui clignotent, les vitrines trop ornementées, les publicités pour les pralines Guylian (ou un nom du genre), les vins blancs d'Alsace. J'aime pas les marchés de Nowèl, petites cabanes agglutinées avec tartiflettes et vin chaud, qui encombrent le trottoir. Décembre, très vite, peut glisser vers le kitsch et le commerce festif institutionnalisé.
Dès cinq heures de l'après-midi, et bientôt encore plus tôt, il fait noir, j'aime ça, quand je rentre je suis alors dans mon cocon, c'est moi qui suis maître à bord, qui décide s'il fera chaud, s'il y aura de la lumière. Dès le crépuscule précoce, je peux m'étendre sur le vieux divan élimé, et donc aussi sous la couette, et visionner plein de choses intéressantes. Ces derniers jours : "Tous courts" (des courts-métrages d'Agnès Varda), "Les damnés" de Visconti, "Destination Moon", un vieux film de science-fiction délicieux, en Technicolor, de 1950, "Grumpy Old Men" ("Les grincheux"), un sympathique film de 1993 avec Jack Lemmon et Walther Matthau. Et encore, encore, encore.
Dehors, les "beaux, jeunes et heureux" sont moins scandaleusement et douloureusement visibles, les berges de l'étang sont bien froides et boueuses, et donc impraticables pour eux, c'est bien fait. Les filles, les femmes, souvent frileuses, sont emmitouflées, couvertes d'écharpes, et donc moins immédiatement désirables et visibles.
Mais ça arrive que je m'ennuie, que le temps soit long (mais rien à voir avec l'été). Ce n'est pas si grave. C'est très supportable.
Des choses avancent. La maison de mes parents, qui m'appartient maintenant, va être rafraîchie, puis louée dès que possible. Pendant trois ans, j'ai loué à bas prix une partie de la maison au fils d'une amie, qui y a été heureux, au calme. Il est parti fin octobre, c'était le moment de démarrer une nouvelle phase. Il reste quelques gros meubles, quelques-uns sont déjà partis en salle des ventes, ou chez Dan., une amie qui est la mère de ce jeune homme, et dont une des passions est de restaurer et de faire renaître des vieux meubles. Il reste encore une armoire-bibliothèque, deux fauteuils qui n'ont jamais été à la mode (a dit un employé de la salle des ventes), des vieux tapis, des outils de jardin, un vieux Frigidaire à la cave. Dans quelques semaines, tout ça aura beaucoup avancé. Tout ça pour louer cette maison, pour m'assurer un complément de revenus, bien utile pour l'avenir.
L'avenir. L'avenir immédiat, oui, je le conçois, mais l'autre, dans quinze, vingt ans, le vieillissement, la vieillesse ? Je ne l'imagine qu'à peine. Il me fait peur, notamment l'idée d'être confronté encore plus durement, dans le futur, au bonheur visible des "beaux, jeunes et heureux". Je ne pense réellement qu'au présent : le vivre le mieux possible, sans souffrance, savourer ce qui peut l'être. Je ne prends guère de grandes initiatives, je ne crois pas à de grands changements, et ils ne viendront évidemment pas si je ne fais rien. Le présent, et l'avenir proche, concevable, oui.
23:55 | Commentaires (0)
23.11.2009
Jours tranquilles en phase B, suite : novembre
Je n'alimente presque plus ce blog, c'est vrai. Je le faisais souvent dans les moments de crise, de malheur, de souffrance. Retours en ville difficiles après des phases rurales et communautaires nourrissantes et conviviales.
Mais voilà, je suis ici, dans la grande ville, depuis le dimanche 8 novembre, et ça va toujours bien. Pas toujours la grande forme, mais la tranquillité, la douceur, le pantouflage, le cocooning, la lente course des jours.
C'est vrai que c'est l'automne, le franc automne, bientôt l'hiver, et tout ce que j'aime : les températures fraîches ou froides, les ciels souvent couverts, les nuits précoces, dès 17 heures à présent. Tout ce que je déteste, ce que je crains, est provisoirement à l'écart, pour plusieurs mois, jusqu'en mars probablement : la chaleur excessive qui rend mon appartement, en particulier, peu habitable; la lumière qui m'aveugle, m'envahit; les journées interminables avec les soirées trop claires, qui rendent impossibles mes petites activités favorites, regarder un DVD sur mon divan, scanner des diapositives et les travailler avec Photoshop. Et surtout, alors, les rues de mon quartier, les bords des étangs, les terrasses des cafés, sont envahis, bourrés, de "beaux, jeunes et heureux", vingtenaires et trentenaires, voire même jeunes quadras, en groupes d'amis, en couples amoureux. Mes souffrances, mes frustrations, mes manques sont alors poussés à leur paroxysme.
Dans ce béni mois de novembre, c'est l'inverse : les "beaux, jeunes et heureux" sont moins visibles, éventuellement agglutinés au Belga mais à l'intérieur, les rives des étangs sont désertes. Il fait trop froid pour qu'ils, elles, jouissent du soleil, de la chaleur, etc... Ça leur fera les pieds ! De toute manière, ils continuent à jouir de leurs bonheurs, mais un peu plus loin de mes regards. Oui je sais, je suis aussi un vilain coco.
Mais je savoure ces moments, sans me poser trop de questions. Je savoure l'air frais sur mon visage, je savoure les ciels doux et non aveuglants, je savoure même les petites gouttes de pluie, je savoure la nuit et les petites lumières jaunes et oranges des appartements, loin, je regarde avec sympathie l'écran bleuâtre de l'ordinateur d'un habitant d'une maison de l'îlot, par dessus les jardins urbains, il est seul devant son écran, comme moi, soit au travail (graphiste ?), soit dans ses loisirs (internet, écriture...).
Je scanne des diapositives, et je peux le faire dès 18 heures si je veux, pas de lumière envahissante. Je peux être habillé normalement, et même mettre le convecteur derrière mon dos, et non plus adopter une tenue de plage pour supporter la canicule. Je regarde des films sur mon divan élimé, sous la couette. Hier soir, "Sunset Boulevard", de Billy Wilder, avant-hier "L'étrangleur de Boston", de Richard Fleischer, avec Tony Curtis et Peter Fonda.
Je me documente aussi abondamment sur les multiples aspects de la "pensée magique", après en avoir subi trop d'échos envahissants à A..., le village où je séjourne, dans une maison communautaire. Je suis moi-même surpris par la force de l'agacement, de l'accablement, que je ressens à l'égard de ce fatras plus ou moins New Age : astrologie, influences de la Lune, bio-dynamie, fleurs de Bach, mémoire de l'eau, "Loi d'attraction" (basée sur le fameux bouquin "Le secret"). C'est le seul inconvénient de mes séjours à A..., être en présence de gens qui croient à toute cette panoplie, tout ce kit fumeux, ces fadaises, ces fumisteries. Pas tous, loin de là, heureusement.
Le point positif, malgré tout, est que cela m'a amené à m'informer, me documenter, à trouver des sites et des blogs sceptiques et critiques, et à asseoir mes convictions laïques, matérialistes, rationalistes. Tout comme la mort du roi Baudouin, il y a seize ans, avec tout le barnum monarchique-émotionnel qui a suivi, avait renforcé mes convictions républicaines...
Suis-je encore lu ici ? Peut-être un peu. Bonjour Loo, si tu me lis ;o)
01:24 | Commentaires (1)
19.10.2009
Jours tranquilles en phase B
L'automne dans la grande ville, c'est nettement plus supportable que l'été ou même le printemps. Les "beaux, jeunes et heureux" ne se posent plus, ou presque plus, sur les rives des étangs et à la terrasse du Belga. Les femmes sont déjà plus emmitouflées et donc moins visiblement désirables. Mais ça, ce sont les refrains connus. Il y a aussi mon appartement, surchauffé et sur-éclairé en été, qui redevient tout à fait vivable, accueillant.
Une bonne semaine que je suis revenu de ma phase rurale, de quinze jours à A..., cela paraît déjà loin. Mais samedi 24, j'y retournerai, je retrouverai la vie communautaire dans la grande maison accueillante, je me remettrai à la table de la cuisine pour aider L. à préparer le repas, j'irai marcher dans la campagne profonde.
Mais ici, ça va. J'ai revu quelques amis, mangé avec l'un ou l'autre au Mokafé, ou à ce petit resto roumain près du boulevard Anspach. Mercredi, je vais revoir M. à Liège, une amie un peu perdue de vue depuis un an, et que j'ai pris l'initiative de recontacter.
J'ai encore enrichi ma cinémathèque, emprunté et gravé des DVD, des documentaires entre autres (sur Israël et la Palestine), des classiques ("Manhattan" de Woody Allen, "Zorba le grec" avec Anthony Quinn). J'ai aussi réceptionné un DVD rare et presque inédit, "Malevil", de Christian de Chalonge, d'après le roman de Robert Merle : la survie chaotique d'un petit groupe après une guerre nucléaire, quelque part dans le Sud-Ouest de la France, les gestes ancestraux qu'il faut réapprendre.
J'ai pris quelques initiatives pour rafraîchir (ou faire rénover) la maison qui appartenait à mes parents, vide depuis peu, après le départ du fils d'une amie, et je compte sans doute la louer, pour assurer mes arrières dans le futur. Mais qu'est-ce que le futur ? Je ne m'imagine pas vieux, grisonnant ou blanchissant, sexagénaire, septuagénaire. Je ne vois que le présent et l'avenir immédiat, pas l'avenir à long terme.
23:34 | Commentaires (0)
12.10.2009
Back to B
Ça y est, j'ai à nouveau actionné le commutateur, et via un sas de deux heures de train, assis en lisant "Les abeilles et la guêpe" de François Maspero, alors que les gouttes de pluie faisaient des pointillés sur les vitres, et que l'on ne voyait rien dehors, l'Ardenne et le Condroz déjà plongés dans la pénombre puis l'obscurité, j'ai débarqué dans la ville B, dans la face B de ma double vie.
A chaque fois le choc, bien que prévisible, des bus bondés, ici un 95 rempli d'étudiants de province qui rentrent dans la capitale le week-end épuisé, le corps-à-corps pour entrer et rester debout sur quelques centimètres carrés bien à moi, les sacs en bandoulière qui frottent, la négociation pour descendre à l'arrêt, une halte pour manger un bout dans un café populaire portugais, au coin de l'avenue de la Couronne, avec des olives et une Super Bock.
Puis descendre les petites rues, récupérer le courrier (peu abondant, et surtout des factures), remonter l'escalier, content malgré tout de revoir mon nid, de relever mes mails, 43 mails mais essentiellement des publicités, des newsletters, des spams, vite triés et jetés dans la poubelle virtuelle
J'ai été heureux à A..., mon village favori, une nouvelle fois. Un petit temps d'adaptation au début, d'un jour ou deux, où j'étais assez maussade, sans comprendre pourquoi, il n'y avait pas de raison apparente, puis tout a été comme je le voulais, comme je l'ai toujours vécu depuis un an que j'y vais, que j'en repars, que j'y retourne.
Plein de bons moments avec L., avec J. et tous les autres, des soirées cinéma en miniature, dans la bibliothèque, avec du chauffage dans nos dos, vu "Bagdad Café", "Halfaouine, l'enfant des terrasses", et "Le Christ s'est arrêté à Eboli" (Francesco Rosi). Des lectures, comme toujours, dans le jardin / potager ou dans le salon au coin du feu : "Le vide et le plein. Carnets du Japon" (Nicolas Bouvier), "Malevil" (Robert Merle). Commencé "Les abeilles et la guêpe" de François Maspero.
De la soupe à la courge, des champignons des bois, de la soupe aux orties. Participé et assisté à la transformation des pommes du verger en jus, dans une mini-usine artisanale : pressage, pasteurisation, mise en bouteilles. Les dites bouteilles sortaient de la chaîne à la queue-leu-leu, encore chaudes (72 degrés), nous les empoignions avec des gants pour les disposer dans les caisses. 271 bouteilles, moins que l'an dernier, ce n'était pas une année faste. Jus aussitôt dégusté, le soir même. Petit bonheur.
Hier samedi, j'ai fait une marche de deux bonnes heures, la boucle classique vers T., mais une variante : je suis repassé par la colline, en passant une ou deux fois sous des clôtures, et de là, encore une fois, tout ce petit pays sous mes pieds, A. et son église éclairés par le soleil de la fin d'après-midi, de longues ombres déjà, et un festival de nuages dans le ciel.
Encore une fois, je savourais ces instants, je contemplais la campagne, mais je me disais que ce serait bientôt fini. Impermanence ? Et puis, aussitôt, je complétais : oui, mais je reviendrai, je monterai à nouveau sur la colline. Je le ferai en novembre, en décembre, dans la neige que j'espère déjà, que j'anticipe. Mais en attendant, c'est l'automne, ma saison entre toutes, et octobre, un de mes mois préférés.
En zone B, j'emprunterai et je graverai des DVD, je dénicherai des livres, je scannerai des diapositives, je reverrai l'un ou l'autre. Et le 24 octobre, je repartirai, là-bas il y aura un cabaret aux chansons, on y entendra "La butte rouge", "A la foire de l'est", "Le pied mariton" !
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18.09.2009
Pensée(s) magique(s)
Encore un retour en phase urbaine, à Bruxelles, après 12 jours à A..., mon village favori, la maison communautaire accueillante.
Oui, mais... Cette fois, et surtout dans les derniers jours, j'ai ressenti de l'accablement, un sentiment pesant, en constatant à quel point la plupart des gens que je vois là-bas, animateurs, résidents temporaires ou de plus longue durée, visiteurs, baignent dans la pensée magique, dans les pensées magiques. Toute la panoplie y passe : l'astrologie bien entendu, les fleurs de Bach, l'agriculture biodynamique directement issue de l'anthroposophie de Rudolf Steiner, l'hypothèse Gaïa, l'influence de la lune sur les plantes et le comportement...
Parfois plusieurs fois par jour, j'entends des choses comme :
"Ah oui, ça c'est un comportement typiquement taureau. Les taureaux foncent sans s'occuper des conséquences, alors que les scorpions..."
"Je ne me sens pas très en forme aujourd'hui. C'est peut-être un noeud lunaire ?"
"Si ma roulotte prend l'eau quand il pleut, ça peut vouloir dire que je n'ai pas ma place ici."
"C'est le bon jour pour planter les fraises. La lune est montante."
"Quand on étend le bras comme ça, l'énergie entre par le bras, tourne dans le corps, et c'est très bon pour le foie."
Pourtant, tous ces gens sont sympathiques. Beaucoup sont intelligents, ont éventuellement fait des études supérieures. Je n'arrive pas à comprendre comment des gens comme eux, en 2009, dans un pays développé, peuvent dire sans rire de telles fadaises et y croire.
Et donc, malheureusement, à force d'entendre ça tous les jours, la consternation, l'accablement, me tombent sur les épaules. J'en arrive à me dire que trop de choses nous séparent, que ma place n'est pas vraiment là. Que cette pensée magique perturbe la communication entre nous.
Lors d'une discussion à bâtons rompus, mercredi après-midi, j'ai exprimé mon malaise. Je pense que j'ai été compris. On m'a même incité à m'exprimer davantage, à dire mes limites, à dire ce que je ne supporte pas, pour que tout le monde se sente bien dans le lieu.
Parce qu'il est bien évident que cette maison n'a rien d'une secte, elle en est même tout le contraire : ni aliénation au bénéfice d'un gourou, ni extorsion d'argent, ni mysticisme officiel.
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31.08.2009
Escale
Quelques mots, en rentrant de trois semaines à A... Trois semaines, c'est la durée la plus longue jusqu'à présent que j'y ai passé, d'une traite, une belle tranche de vie. Un lieu, un temps où je suis heureux, un bonheur accessible et réalisable. Pas du bonheur doré sur tranche, non, la vie, la vie vivante, sereine et joyeuse, parfois plus grave ou ordinaire aussi, la vie communautaire, une grande famille élargie et mouvante, de nouvelles têtes et de nouvelles rencontres à chaque fois, des lectures à l'ombre, des marches dans la campagne, des repas savoureux et simples.
Je repars dès le samedi 5 septembre. Une bonne raison, une fête d'anniversaire collective, je suis invité, c'est une excellente occasion, un très bon prétexte pour y retourner, dans ma seconde patrie, la première même, à bien des égards.
C'est vrai qu'en comparaison de ces phases A rurales, mes séjours bruxellois, dans la ville où je suis domicilié, finalement, où j'ai mon réseau de relations (trop peu étoffé, il faut le dire), mes séjours bruxellois, donc, s'apparentent plutôt à un passage trop long dans une salle d'attente.
Une salle d'attente souvent trop grise et trop vide en comparaison de ma vie à A... Au mieux, une station-service où je refais le plein de livres, de DVD, où je donne mes films à développer. Au pire, un purgatoire où parfois je plonge
22:20 | Commentaires (0)
08.08.2009
Orage et embellie

Jours mouvementés, hauts et bas. Après trois ou quatre jours vides, surchauffés, envieux, frustrants, cuisants, un souper improvisé chez une amie de longue date, A., à Boitsfort, avec son compagnon. Une autre amie, F., nous rejoint. Souper indien dans le jardin, petits plats réchauffés, plutôt bonne ambiance. On boit aussi de la Leffe blonde et un vin blanc espagnol, fruité, de Castille-Léon, que j'avais apporté.
Tout se passe bien, on rentre un instant, puis on retourne dans le petit jardin pour manger le gâteau, une bombe à la framboise, que F. avait apporté. Le vin aidant, et c'est toujours dangereux, ce qui peut arriver quand les esprits sont un peu échauffés, désinhibés par le vin, la bière, et tutti quanti, les choses dérapent. C'est un peu anodin, F., une fois de plus, dit son déplaisir devant l'évolution du quartier de la place Flagey, des étangs d'Ixelles, qu'il y a de plus en plus de monde, de bruit, de festivals, les cafés populaires portugais où elle aime aller avec son ami, disparaissent pour laisser la place à des cafés branchés, etc.
Moi non plus, je n'aime pas cette évolution, mais... Et voilà, F. reprend son refrain connu, de tous ces jeunes branchés, bruyants, qui boivent, qui font de bruit, qui laissent des bouteilles d'alcool et des gobelets en plastique, qui crient, qui chantent, qui écoutent la radio. Moi, ce que je vois, c'est que ces gens-là, il y en a, bien sûr, mais il y a aussi plein de jeunes ou moins jeunes, fort sympathiques, écolos - intellos - artistes au sens large du terme, ceux que l'on voit aussi au Nova, aux festivals de films (film documentaire au Botanique, courts-métrages au Théâtre Mercelis et au Vendôme), aux concerts de musique du monde au Flagey... Tous ces gens, ces groupes, dont je voudrais tellement faire partie intégrante, que je regrette de ne pas connaître, ou si peu, et parmi lesquels il y a tant de femmes qui me plaisent, me touchent, m'attirent.
D., une amie bienveillante et de longue date, comprend très bien cela, elle me comprend à 100 %, mais F., non. Donc, dans la conversation, alors qu'elle s'échauffe contre ces "jeunes bruyants qui boivent...", je m'énerve un peu, effet du vin blanc, comme pour elle d'ailleurs, et je dis que ces foules, ou plutôt ces petits groupes, qui sont presque sous mes fenêtres, ça me dérange, mais pour une autre raison... Et là, elle éclate : "Oui, parce que tu les envies ! Mais je t'assure qu'ils ne sont pas enviables !", et c'est parti. Je dis que oui, parce qu'eux, "ils sont ensemble, assis au bord des étangs, et que moi je les vois de chez moi, et je n'ai personne avec qui m'asseoir au bord des étangs, je suis seul comme un rat !". Et ça repart de plus belle, l'incendie est allumé, elle me dit qu'elle savait que ça allait finir comme ça, que je ne suis jamais content, que je dois savoir que dans la vie il y a des manques, eh oui, il y a des manques !
Je réponds que oui, évidemment, mais que certains manques sont insupportables, et que le manque de toute relation amoureuse, depuis très longtemps, ce n'est pas un petit manque, c'est intolérable, et ce n'est pas "un hasard", comme elle dit, c'est parce que les hommes (plus que les femmes, sans doute) sont inégaux sur ce plan : certains peuvent avoir une vie amoureuse variée, et/ou épanouie, d'autres ont l'une ou l'autre relation, peu satisfaisante, et d'autres, enfin, n'y arrivent pas, n'ont pas les codes, n'ont pas confiance en eux, n'osent pas, s'y prennent mal... Et moi, dis-je, en quelque sorte, je suis voué à une solitude éternelle.
Elle nie, minimise, et plus tard, alors que les choses se calment un instant, puis s'enveniment à nouveau, comme je ressens le fait qu'elle nie ma souffrance, qu'elle la minimise, je lui dis que oui, cette souffrance, cette solitude, est peut-être éternelle, et que, souvent, à cause de ça, mais ça elle ne voudra pas l'entendre, elle me rabrouera, donc souvent, cela fait que j'ai envie de mourir.
Puis je ne sais plus bien, j'ai envie d'arrêter là, de ne plus envenimer la situation, je me sens triste, et j'ai envie de partir, d'autant plus qu'il est alors 23 h 30 et que je dois prendre un tram pour rentrer, et F. aussi d'ailleurs, mais sinon tant pis, je rentrerais à pied, il fait doux, cela prendrait 45 minutes dans les rues nocturnes et tranquilles.
Puis la soirée se termine doucement, F.. s'est éclipsée, je reste avec A., je lui donne mon numéro de téléphone à A..., le village où je vis mon autre vie, conviviale et communautaire. Je pars, je retrouve F. à l'arrêt du tram, elle est muette et triste, moi aussi. Elle dit qu'en effet à A..., je serai plus heureux, que le mode de vie de là-bas est meilleur pour moi. Je dis que oui, en effet. Le tram arrive, on monte, elle monte par une autre porte, elle s'assied sur un siège de l'autre côté de la travée centrale, les boîtes de compostage masquent son visage, nous ne nous voyons pas. Le trajet est silencieux, à l'ULB elle descend, pose la main sur mon épaule, me dit "profite bien de ton séjour là-bas... tu téléphoneras ?" puis elle ajoute : "fripouille !", pas comme une injure, mais plutôt, je crois, comme marque de son désarroi, après que j'aie dit ma souffrance, qui pourrait m'amener au suicide, je l'ai dit à voix haute, parce que c'était vrai, et parce que j'en avais assez qu'elle nie, qu'elle minimise ma solitude, ma frustration, ma souffrance.
Rentré chez moi, je m'endors quand même, pas très vite, mais je m'endors.
Le lendemain, vendredi, à 10 h 30, j'avais rendez-vous. Une des lectrices récentes de mon blog photographique (dont je ne donnerai pas le lien ici), K., qui vit à Nancy, mais était de passage pour trois semaines à Bruxelles, où elle séjournait chez des membres de sa famille, m'avait proposé qu'on se rencontre.
Dans le métro, avant l'heure du rendez-vous, j'étais encore marqué par l'incident de la veille au soir, et je n'en menais pas large. Une franche déprime, des idées noires. J'arrive sur la petite place où nous avions rendez-vous, et je vois, après quelques minutes d'attente à lire Libération sur un banc, une jolie et charmante jeune femme brune, de 38 à 42 ans je dirais, venir vers moi, en tenant un joli petit chien blanc en laisse.
Nous nous sommes salués, et je l'ai accompagnée jusqu'à la maison de son frère, où elle passe quelques jours avec ses deux enfants, que j'ai rencontrés et côtoyés un bon moment. A d'autres moments, ils étaient en haut devant la télé, et j'ai pu parler longuement avec K.
Elle est française, d'origine marocaine, cultivée, très sensible, intéressante, adorable, prévenante, drôle aussi. On a pris un petit déjeuner frugal, puis plus tard mangé des spaghettis avec les deux enfants (un garçon de 14 ans et une fille de 10 ans). Dans ce cadre collectif, la communication était plus limitée, mais quand nous étions deux, nous avons parlé de politique, de culture, de nos vies, des blogs, des rencontres. Elle est adorable. Nul doute que si j'avais rencontré une telle personne via un site de rencontre, et que si elle vivait dans ma ville et pas à 400 km, et qu'elle n'avait pas une famille très présente comme ici, j'aurais voulu aller plus loin.
Quoi qu'il en soit, j'ai savouré pleinement ces moments (de 10 h 30 à 17 h quand même !), qui ont largement pansé (provisoirement) les plaies des jours précédents, et surtout de la soirée de la veille.
Et maintenant, je suis à deux pas du retour dans mon autre vie, à A..., mon cher village meusien de 110 habitants, sa maison communautaire où je suis attendu. Je prends le train de 13 h 55 à la gare du Luxembourg, j'arrive à Virton à 16 h 30. Et ce sera le début d'une phase A de trois semaines. La vraie vie !
21:22 | Commentaires (0)
05.08.2009
Après-midi cuisant
Cet après-midi, sillonné Bruxelles, surchauffé, pour aller rendre deux DVD à la Médiathèque du Passage 44 : "Le bonheur" d'Alexandre Medvedkine (URSS, 1934), délicieux film muet surréalisant, et "Taxi Blues", de Pavel Lounguine, réalisé pendant la perestroïka gorbatchevienne.
En chemin, partout dans les rues, les librairies et la Médiathèque, aux terrasses, vu un nombre incalculable de (jeunes) femmes attirantes, désirables. Ma souffrance, mon manque, ma frustration étaient à leur comble. Mais si vous pensez ici qu'il s'agit juste d'une banale frustration sexuelle, d'un manque de coïts, alors vous êtes à côté de la plaque.
En voyant ces femmes, ces filles, ces bras, ces jambes, ces cheveux au vent, les peaux, les robes, les sandales légères, ce n'est pas au coït, à la pénétration, au sexe brut que je pensais, c'est plutôt à la tendresse, aux étreintes, aux caresses, à l'intimité, à la douceur, aux cheveux doux, aux mains qui se joignent, à tout cela que je ne vis pas, que je n'ai pas. Souffrance, douleur, envie de pleurer (mais je ne pleure pas dans ces circonstances-là, je pleure plutôt de "bonnes larmes" quand je vois un film beau et profond, quand je lis à voix haute un beau texte). Envie de mort aussi, envie de suicide, je sais depuis plusieurs semaines comment faire via des médicaments à commander en ligne.
Mais je ne le ferai pas, pas maintenant, parce que dimanche je retourne dans mon autre vie, à A..., que là-bas je ne suis pas confronté à ces visions douloureuses, ces brûlures, ce manque obsédant. Là-bas, c'est un village de 110 habitants, que je ne croise guère d'ailleurs, là-bas, je côtoierai bien 25 ou 30 personnes, mais parmi elles, en général, il n'y a pas, ou peu, de jeunes (ou moins jeunes) femmes attirantes, il n'y pas, ou peu, de jeunes couples enviables. Là-bas, comme les autres fois, je serai heureux, vraiment heureux, sans désirs et envies toxiques et irréalisables.
18:02 | Commentaires (0)
03.08.2009
Encore cinq jours à tirer (ou à tuer)
![AVIOTH,-RÉSERVE-DE-BOIS-[2]](http://static.skynetblogs.be/media/91566/dyn006_original_600_396_jpeg__c97e719f9344a829689c1ebdd3ecd186.jpg)
Mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi. Encore cinq jours à tirer et à tuer avant de retourner à A... Pas de catastrophe en cette phase bruxelloise, mais l'ennui, le vide, la solitude classiques. Dan., que j'ai vue au Mokafé le 26, est donc partie pour un mois en Pologne, où elle se refera une santé, se détendra, dans une petite ville thermale du sud.
Vu Fra. hier dimanche, après quatre jours sans voir personne, on est allés ensemble voir les expos de la Biennale de photographie de Marchin, dans le Condroz liégeois, magnifique, avec même un minibus gratuit (ou presque) mis à notre disposition pour rallier les différents points. Quelle belle campagne, aussi belle que celle d'A..., mais différente.
Contacté quelques personnes sur rdv.be, encore peu ou pas de réponses. Vu plein de jolies femmes dans la rue, plein de couples qui s'embrassent. Je les hais, je l'écris ici, je hais leur bonheur exposé au grand jour, sous mes yeux, mes yeux de solitaire. Quand je vois leurs mains jointes, j'aimerais qu'une machette magique les sépare, ça fera des morceaux de doigts et de mains pour la soupe.
Mon nouveau voisin du dessus, qui a emménagé il y a deux ou trois mois, mais que je n'ai pas encore croisé, a remplacé une trentenaire japonaise très discrète qui vivait seule, et que je n'ai jamais vue avec ce qui ressemblait avec un amoureux. Ledit voisin du dessus, un brillant jeune universitaire, paraît-il, je l'ai vu sortir dans la rue avec sa petite amie, qui ne vit pas ici, heureusement, elle était jolie, ils se sont tendrement enlacés et embrassés en marchant sur le trottoir, je les regardais et je les haïssais.
Bon, on se calme, encore cinq jours et je retourne, pour vingt jours cette fois, dans mon paradis rural et accessible. Plus les jours passeront, malgré l'offensive caniculaire qui se profile à l'horizon - qui rendra mon appartement presque inhabitable - donc plus ces quelques jours passeront, plus je me réjouirai de partir, de retourner à A...
20:39 | Commentaires (2)
31.07.2009
Attente

J'ai donc renoué avec ma vie sociale bruxelloise, maigre évidemment, plus maigre que celle d'A... (ce n'est pas difficile). Pas de drame pourtant, j'attends paisiblement que ces jours urbains solitaires passent, et que je retourne dans la vraie vie, celle que je vis dans le village d'A..., ma vie communautaire et conviviale.
Dimanche, vu longuement Dan. au Mokafé, c'était un plaisir partagé, c'est la personne qui me comprend le mieux, et avec laquelle je parle le plus librement, le plus en profondeur. Complicité intellectuelle, relationnelle, artistique, politique, religieuse (enfin, plutôt a-religieuse, athée). Et maintenant, elle est partie en Pologne, dans une sorte de centre de soins et de remise en forme, pendant un mois.
Mardi soir, vu Fra. assez longuement à la terrasse du Patio d'été, envahie de gens, dont pas mal de "beaux, jeunes et heureux" (ils dominent le paysage à partir de 19 heures, dans le quartier). Content de la revoir, après deux semaines à A..., raconté les bonheurs simples et vrais de la vie là-bas. Elle me comprenait, mieux que d'autres fois. Elle m'a aussi bien compris quand je lui ai dit que je verrais plus Vin. dans les semaines, voire les mois à venir, le fait que Vin. ait rencontré quelqu'un sur Mee...ic m'a rappelé à quel point j'étais en rade, et en plus, je me serais bien vu dans une amitié amoureuse avec elle (Vin., par Fra., vous suivez ? enfin, je ne sais pas si quelqu'un suit).
A part ça, vu personne. Téléphoné à Lu., près d'A..., comme promis, on se l'était dit avant que je quitte mon paradis rural et accessible pour deux semaines. Dès le 7 août, il revient à A..., et moi, le 9 août.
Ici, dans les rues, pas mal de femmes jolies et attirantes, de couples enviables qui se câlinent et plus si affinités, j'essaie de ne pas trop les voir.
Emprunté des DVD à la Médiathèque (Stranger than Paradise, Down by Law, Dans la peau de John Malkovich, Shower, Les diaboliques), ce qui alimentera ma cinémathèque personnelle, et me permettre de visionner de bons films, le soir dans mon lit à A..., je m'en réjouis déjà. Et de les visionner ici aussi, comme l'autre soir, quand j'ai regardé "Les diaboliques" de Clouzot (avec Paul Meurisse, Simone Signoret, Charles Vanel, Vera Clouzot...), un bon moment de cinéma des années cinquante, bien installé sur mon canapé râpé, le casque sur les oreilles.
Je n'ai pas vraiment le courage de prendre l'initiative d'appeler d'autres personnes (Anne C., Anne E., qui d'autre ?). Si ça vient, tant mieux, sinon tant pis. Ce sont des jours vides mais sans grande souffrance, des jours gris clair, des jours beiges fades (voir le rectangle, en-dessous du titre, qui les symbolise), mais sans douleur insupportable, sans idées suicidaires.
Et dans une bonne semaine, je retourne dans le meilleur endroit que je connaisse, je retourne dans la vraie vie. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, "la vraie vie". La réalité est que là-bas je vis des jours vraiment heureux, d'un bonheur tout simple et vrai, quotidien, presque permanent, et que ma vie ici, en ville, je suis fatigué d'essayer de l'améliorer, de la rendre plus vivable.
17:58 | Commentaires (1)
26.07.2009
Retour heureux

Après treize jours heureux et sereins, animés et conviviaux, à A..., retour à la ville. Tenir le coup, ne pas flancher, éviter les émotions toxiques, utiliser le temps au mieux, essayer de nouer de nouveaux liens, et puis, vers le 9 août, retourner à la campagne.
19:15 | Commentaires (0)
12.07.2009
Pause campagnarde

Et voilà, le moment est venu de retourner quinze jours à la campagne, à A..., le paradis rural et réalisable, accessible et convivial. La phase bruxelloise, cette fois-ci, a été assez agréable, sauf au début, avec la canicule, le bruit, la foule des "beaux, jeunes et heureux" agglutinés près du Belga et des étangs, aimantés par les festivals et les films en plein air, les concerts ethnico-rock et tout le toutim. Trois ou quatre jours difficiles, un dérapage sonore et verbal suite à l'ingestion de deux Kriek, et puis tout revint à la normale.
Une vie sociale un peu remplie quand même, un chouette temps nuageux, frais, venteux et même parfois pluvieux (la météo même que beaucoup jugent "pourrie", le vilain coco en moi se réjouit de leur déplaisir), bref mon appartement était tempéré, les bords de l'étang étaient souvent déserts pour cause d'herbe mouillée et de température frisquette, l'air était respirable, le ciel n'était pas aveuglant, bref, vive le soi-disant été pourri. Evidemment, on va subir à nouveau de la canicule un moment ou l'autre, mais avec un peu de chance, je serai alors à la campagne à ce moment-là.
Donc, je prépare mes sacs, et je prends le train de 15 h 54 vers Libramont puis Virton. Bye.
10:25 | Commentaires (0)
06.07.2009
Pendant la phase B
NB : la phase B, c'est le temps que je passe ici, dans la grande ville souvent surchauffée et bondée, plus ou moins bien, en attendant de retourner à A..., le village où se trouve la maison communautaire où je coule des jours heureux.
Vu D., deux fois, la première fois pour aller voir le dernier film de Costa-Gavras (voir le billet précédent), la deuxième fois pour manger tranquillement au Mokafé, tout calme (surtout à l'intérieur, la terrasse dans la Galerie St-Hubert est plus fréquentée). Dans ce beau vieux café patiné par le temps, mangé un taboulé avec des merguez, simple et bon. D. est la personne qui me comprend le mieux, elle comprend ma souffrance en voyant les "beaux, jeunes et heureux" intellos-écolos dans les lieux publics, les (jeunes) femmes désirables, ma souffrance aussi d'apprendre que mon amie de dix ans, V., a trouvé l'âme soeur sur Mee...ic et que je me sens laissé en rade, d'autant plus que V. ne me laissait pas indifférent, et que, sans l'aimer vraiment, je crois qu'une amitié amoureuse entre nous aurait été bien agréable à vivre.
Vu F. vendredi soir, elle m'avait proposé d'aller voir "La maison et le monde", un film de Satyajit Ray (1984), assez long et ennuyeux il faut dire, à l'Arenberg-Galeries. Donc, aussi un moment au Mokafé, cette fois avec F., que j'aime beaucoup, mais qui est un peu plus limitée, qui ne me comprend pas vraiment. Parfois, je suis un peu agacé par son puritanisme, son féminisme "victimiste" anti-hommes (et anti-jeunes), ses idées fixes. Elle, elle ne comprend pas l'envie que je peux ressentir à l'égard des "jeunes, beaux et heureux", elle dit que c'est un fantasme, qu'ils ne sont pas enviables, mais cela s'explique par sa grille de lecture : pour elle, ce sont en majorité des noceurs, des braillards, qui boivent, qui disent des paroles crues (et pour elle, même l'expression "lâche-moi les baskets" est crue, j'en ai eu les bras qui tombent), etc.
J'évite donc souvent de parler avec elle de mes souffrances, de mes désirs inaccessibles, irréalisables et inassouvis, parce qu'en plus elle est très pudique, puritaine, "sexophobe" pourrait-on dire. Mais bon, je l'aime beaucoup quand même, j'aime sa sensibilité, artistique notamment, son humanité simple.
Vu, revu A., dimanche midi, pendant une bonne heure, dans le Bois de la Cambre. Je l'ai connue à A..., mon paradis rural, vers Noël - Nouvel An, c'est plutôt elle qui a fait des pas vers moi, j'ai saisi cette occasion, je l'aime beaucoup, elle ne me laisse pas indifférent, sans que je ne ressente de forte attirance. Elle a six ans de plus que moi, est assez peu marquée par son âge, a beaucoup souffert dans sa vie, mais est aussi juvénile, enthousiaste, volubile.
Vu deux médecins ce lundi. Le Dr S., que je revoyais après plusieurs mois, qui me prescrit des antidépresseurs depuis des lustres, pas toujours très efficaces il faut l'avouer. C'est reparti pour la Fluoxétine, le générique du Prozac, est-ce que c'est mieux avec que sans, difficile à dire. Bientôt, a-t-il dit, on mettra sur le marché un nouvel antidépresseur, basé sur la "recapture" de la mélatonine, et qui semble très efficace. Je veux bien essayer, sans y croire, ce qu'il me faudrait, à défaut de la réussite des thérapies, c'est une molécule qui diminue les peurs et les inhibitions, et ça, ça n'a pas l'air d'exister, si l'on excepte les usages dévoyés de certains psychotropes assez "hard".
Au Dr S., comme à mon généraliste, le Dr L., vu l'après-midi pour des renouvellements routiniers d'ordonnances (acidité gastrique et reflux, anti-cholestérol), j'ai parlé, clairement, des idées fortement suicidaires que j'ai eues, trois fois consécutivement, lors de mes phases bruxelloises, de la recherche des médicaments à acheter en ligne, pour en finir, je voulais qu'ils m'écoutent, qu'ils me prennent au sérieux, mais que peuvent-ils dire ? Me demander si je suis bien "suivi" par un thérapeute, qu'est-ce qu'il en dit, etc. Ben oui, je suis "suivi" (à la trace ?!) depuis des lustres par le Dr Q. (pas celui de James Bond), je dis tout ce qui me passe en tête, et alors ? Cela n'a rien résolu. Redire, plus clairement que jamais, mes idées suicidaires récentes au Dr S. et au Dr L., ce n'était pas faire l'intéressant, c'était dire "prenez-moi au sérieux, sachez quelle est ma souffrance, mon manque, ma frustration".
Mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi... et puis je repars à A... Suis-je encore lu ici, oui, un peu, sans doute.
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01.07.2009
Premier de juillet
J'avais dit que je ne m'écroulerais pas, que je m'enfoncerais pas dans le trente-sixième dessous, pendant cette période de douze jours à Bruxelles, avant de retourner à A..., mon paradis rural accessible.
Ce soir, à l'Actor's Studio, vu "Eden à l'ouest", le dernier film de Costa-Gavras. Une fable sur la destinée d'un sans-papiers à travers l'Europe, depuis un village de vacances en Grèce à Paris. Vu ce film avec D., une amie de longue, longue date, mal en point aujourd'hui après une opération cervicale mal menée (douleurs et paralysie partielle des doigts de sa main gauche). Elle a dû partir assez vite, pour aller faire une traduction dans un poste de police.
Bref, je reste au centre, je mange des maatjes avec deux Kriek, et je rentre en bus, à travers la ville surchauffée et bondée. Après avoir vu dans la journée, au bas mot 147 (plus ou moins) jeunes (et moins jeunes) femmes délicieuses et désirables, et 194 couples jeunes, souriants et enviables, j'ai commencé à parler tout seul dans le bus (effet de la Kriek ?), mezzo voce puis un peu plus fort : "et allez ! embrassez-vous, sous mes yeux, c'est ça, allez-y, ah c'est la grande foule, et ils sont tous beaux / belles", de très beaux jeunes intellos écolos artistes au sens large, un peu trop agglutinés il faut dire, sur les pelouses, les terrasses des cafés, sous la statue de Thyl Uylenspiegel.
Je suis descendu du bus, j'ai traversé la rue, et sur le trottoir près de chez moi, j'ai croisé deux très jolis jeunes couples charmants et semblant très heureux, et alors, tout à coup, j'ai crié : "ils sont beaux, jeunes et heureux ! et je suis seul comme un rat et abandonné de tous !" Tout à leur bonheur, ils ont dû se demander ce qui arrivait à cet énergumène.
Mais je le répète, je veux tenir le coup, et dans dix jours, je repars à la campagne, là où on m'attend. Et plus tard, si je reste en ville, j'envisagerai de déménager dans un autre quartier. Un quartier peuplé de gens basiques, moches, ringards, quelconques, absolument pas enviables ni désirables.
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29.06.2009
Après deux heures de salon roulant
Deux heures de train, comme dans un salon roulant, dans la campagne et la forêt, magnifiques, entre Marbehan et Bruxelles (euh, surtout entre Marbehan et Namur, parce qu'après, c'est la plate campagne, les lotissements jetés au hasard sur la terre et les foules sur les quais de gare). Deux heures de train, donc, à contempler le paysage - il faudra qu'un jour, en automne par exemple, je descende à Poix Saint-Hubert ou à Mirwart, ou à Grupont, au coeur de l'Ardenne, pour parcourir les chemins, longer les rivières torrentueuses et claires. Deux heures à terminer l'admirable livre de Andrzej Stasiuk, "Fado" (éd. Christian Bourgois), un recueil de textes et de récits de voyage, de souvenirs et d'impressions, de la Pologne à l'Albanie, de la Slovaquie au Monténégro.
Deux heures à me remémorer le bonheur, le doux plaisir, le ronronnement d'aise, tout ça, après douze jours à A..., dans le paradis meusien, accessible et réalisable, nourrissant, tendre, tantôt calme, tantôt animé. Chaque fois, le plaisir et l'émotion douce à déposer mes affaires dans ma chambre, à suspendre mes chemises dans la penderie, à étaler mes livres et disposer mes boîtes de DVD sur la table. Et cette fois, juste après, goûter les crêpes aux fleurs de sureau faites par I., encore toutes chaudes, avec de la confiture de pétales d'églantier.
Me remettre à la table avec L., jouer à nouveau au commis de cuisine, hacher fin ou grossièrement ("façon salade" ou "façon soupe") les oignons et les échalotes. Aller couper du persil, de la coriandre, des tiges vertes d'oignons, des navets, au potager.
Partager le repas avec les autres, ma grande famille élargie, mouvante, à géométrie variable, il y a de nouvelles têtes, il y a des retrouvailles, je suis de retour, et je crois bien, je sais, que l'on m'attendait. Il y a la minute de silence, la bougie, toutes les deux non cléricales, je ferme les yeux, ou pas, avant que l'on serve le potage épais dans les bols.
M'asseoir aux côtés de L., sur le petit banc à la sortie de la cuisine, au dessus de l'escalier, "au bastingage" comme on dit, parler avec lui, ou se taire, regarder les arbres qui ondulent sous le vent, l'envers argenté des feuilles sous l'orage qui approche, l'orage espéré, attendu, qui rafraîchira le ciel, qui abreuvera le potager.
Sous les sapins, dans l'ombre bienfaisante près du compost - longiligne tumulus de terre, de pommes de pin, de brindilles - dos au petit ruisseau calme, lire, lire "Les hauts plateaux", de Lieve Joris (éd. Actes Sud) : le récit du voyage fait par cette journaliste-écrivain flamande vivant aux Pays-Bas, sur les plateaux du Congo, en descendant lentement vers Uvira et le lac Tanganyika, parmi les villages des Banyamulenge, des Bembe, des Fulero, hautes terres fraîches peuplées d'éleveurs, de cultivateurs, méfiants et parfois rivaux les uns des autres.
Marcher aussi, un peu, une heure, rarement deux, il faisait trop chaud cette fois-ci, le soleil était souvent trop ardent. Juste la petite boucle, la vue sur les champs de maïs et d'orge, la traversée du bois, la perspective sur le village et la basilique, d'en haut, toujours savourée.
Parcourir les rues du village tard le soir, dans le noir cotonneux de l'après orage, les surfaces encore humides brillaient, la lune était rousse, un petit nuage passait devant son croissant.
Dans mon lit, tard, alors que, dehors, un poteau unique troue la nuit de sa lumière blanche, regarder des films, aussi divers et différents que "Monty Python Sacré Graal", "Dans la ville blanche" d'Alain Tanner, "Henri Cartier-Bresson, the Impassionated Eye", "Le dictateur" de Chaplin).
Savourer, savourer l'instant, les instants accumulés, les jours pleinement vécus, pleinement nourrissants, je les ai vécus, on ne me les reprendra pas, ils ont existé, j'ai existé en les vivant. Souvent, et je fais ça depuis des années, je touche la table de bois, les accoudoirs de mon siège sous les arbres, les plantes, la rosée, le crépi d'un mur, et je me dis : je suis là, pleinement là, mais bientôt ce sera fini, je toucherai alors l'accoudoir de mon siège dans le train, puis la main courante dans le bus bondé à Bruxelles, puis ma table, où j'écris en ce moment (lundi 29 juin 2009, 22 h 29), et puis ce sera fini.
Provisoirement. Parce que, bientôt, je retournerai à A..., ce sera dans douze jours, le 12 juillet. Je toucherai à nouveau la table de la salle à manger, le tronc d'un arbre, la rosée du matin, je trancherai à nouveau des oignons aux côtés de L., je ferai silence avant de manger le bon potage épais dans les bols, j'irai à nouveau parcourir les chemins de campagne, contempler la terre ocre rouge des plateaux, photographier les pierres dorées.
En attendant, j'essaierai de faire en sorte que cette nouvelle phase B (bruxelloise) se passe au mieux, de saisir les occasions qui se présenteront, de ne pas tomber une nouvelle fois dans le trente-sixième dessous. De ne pas "me tordre l'âme", comme dit J.
Merci, merci à cette maison d'exister, merci à vous de la faire vivre, je vous aiderai à la faire vivre. Merci de ce bonheur accessible et réalisable, merci à ce coin de campagne meusien, merci aux cloches de la basilique, merci aux veaux et aux pies, et aux canards (blancs, ils se reconnaîtront), merci à la rosée, au brouillard, à l'orage, au persil, à la coriandre, aux groseilles et aux fraises, au cresson de fontaine et aux orties, aux oeufs de Mme L. (au bout du village).
Merci à vous, à vous tous. Merci, tout particulièrement, à toi, L., à toi, J., comme l'a dit une autre personne (que je ne connais pas), vous êtes des cadeaux.
Et à bientôt (pour de nouvelles aventures).
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17.06.2009
Avant de partir

Demain à cette heure-ci, je serai à nouveau à A..., mon paradis rural et convivial, réalisable et accessible (air connu). Je me réjouis déjà. Après une troisième phase bruxelloise consécutive où j'ai été à certains moments profondément mal, déprimé ou plutôt aigri, et même suicidaire, j'ai remonté la pente en fin de période. Quelques bons moments "sociables" y sont évidemment pour quelque chose, et aussi ces quelques heures passées hier avec A., par ailleurs rencontrée vers le nouvel an à A..., c'est une femme charmante, très sensible, plutôt bavarde, un peu plus âgée que moi, mais néanmoins juvénile, parfois joyeuse, demandeuse de rencontres et de moments partagés, ici dans la grande ville. Je la reverrai à Bruxelles, ce sera au moins une amie de plus, et je verrai aussi à A..., tôt ou tard.
En attendant, je vais bientôt faire mes sacs pour repartir là où m'attend. Et j'y reste jusqu'au 29 juin.
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10.06.2009
Archivage et éradication
Pas d'inspiration pour le titre de ce billet. J'improvise. J'improvise le texte aussi. Toujours maussade, souvent aigri, envieux, les états d'âme courants dans ma phase B, donc ma phase urbaine solitaire, avant de retourner dans la campagne profonde, à A..., où je serai attendu, accueilli.
L'envie toxique de la nouvelle vie de V., qui a rencontré l'âme soeur sur un site de rencontres (cet homme qui lui "plaît énormément", avec qui elle "va passer beaucoup de temps", et "parcourir la France" en juillet "pour se découvrir mutuellement", etc...), m'a fait prendre mes distances avec elle. Elle proposait qu'on se voie un midi avant que je ne reparte à A..., pour manger ensemble et pour me rendre une BD (Persépolis) et deux DVD (de films nordiques) que je lui avais prêté il y a quelques mois. Elle disait aussi qu'il était "hors de question" qu'elle ne voie plus ses amis parce qu'elle a "fait une rencontre".
C'est peut-être bête, ce n'est peut-être pas la chose à faire, mais je lui ai écrit par mail que je préférais qu'elle dépose le livre et les DVD simplement dans ma boîte. Et j'ajoutais : "Je vis difficilement le "bonheur des autres" quand je reste (éternellement ?) en rade. Ne m'en veux pas". Elle a répondu qu'elle comprenait. Elle m'a expliqué aussi comment, après de nombreuses rencontres infructueuses via ces sites, "c'est arrivé", finalement.
Et, en guise de boutade, elle écrit enfin qu'elle me recontactera quand elle aura sa "première déprime" (dans son nouveau couple, si celui-ci tient). Tout ça agrémenté d'un ";-)", qui montre qu'elle ne me tient pas rigueur de mes propos. Tant mieux, je ne voulais pas du tout "me fâcher" avec elle. Simplement, son tout nouveau bonheur amoureux m'était insupportable.
Ensuite, j'ai archivé nos échanges de mails, depuis quatre ans, dans mes deux disques durs externes, parce que ces échanges étaient riches et chaleureux, et donc devaient être conservés. Je les ai ensuite effacés de mon ordinateur portable. J'ai supprimé ses coordonnées de mon "carnet d'adresses" virtuel. J'ai archivé ses cartes de voeux dans la boîte à chaussures de mon courrier, au fond d'un tiroir.
Et tout ça, c'était hier mardi. Aujourd'hui, j'ai parlé de tout ça au Docteur Q. (pas celui de James Bond), qui me "suit" dans le cadre d'une psychothérapie analytique au long cours (et néanmoins peu efficace). J'ai enregistré cette séance, toute comme une autre, le mois dernier, sur mon ordinateur portable. Je lui en donnerai un CD, qu'il pourra écouter lors des longues soirées d'hiver (ou s'en servir pour écrire une communication lors d'un colloque international).
Et hier et aujourd'hui, physiquement, comme souvent dans les moments moroses et douloureux, je sens l'amertume dans mon corps. Un léger mal de tête, sur le sommet de mon crâne, mes lèvres contractées, tout comme mon menton.
Le déplaisir de me réveiller le matin, aussi, heureusement que ces jours-ci sont encore gris et pluvieux, qu'est-ce que ce serait avec la canicule.
Je sais, toute cette envie, cette méticuleuse éradication (ou plutôt l'archivage, loin, profond) de nos échanges par mail, ce silence radio que je mets en place - pour combien de temps ? - tout ça, c'est toxique, délétère, néfaste, inopportun.
Je sais aussi que, dans une semaine maintenant, je retournerai à A..., que tout sera à nouveau différent, provisoirement du moins, et que j'irai sans doute mieux, beaucoup mieux, comme à chaque fois. C'est ça qu'il me faudrait, un patelin où je vivrais une vie communautaire rurale, un patelin sans femmes jolies, attirantes et charmantes, simplement des femmes sympathiques et intéressantes, mais non désirables, et pas de couples, ou alors seulement des couples de longue date, rassis et routiniers, des couples par habitude, qui n'auraient même plus de vie sexuelle, ou presque. Alors, là, je renoncerais avec la plus grande facilité à toute vie amoureuse et sexuelle, ce serait très aisé, évident, sans souffrance.
22:46 | Commentaires (2)




